Après avoir passé un an d’études en échange universitaire à l’Oregon State University au nord-ouest des USA, Morgan décroche le stage de ses rêves. Ce voyageur passioné, originaire des Deux-Sèvres, nous livre son expérience de paléontologue sur le site John Day Fossil Bed en Oregon.

«En un mois de voyage, vous apprenez plus qu’en dix ans de routines.» 

Salut Morgan, pourrais-tu te présenter ?

Salut Anita ! Je m’appelle Morgan, j’ai 26 ans et je fais un doctorat en paléontologie.

Tu as travaillé au sein de l’équipe des paléontologues au John Day Fossil Beds Monument. Pourrais-tu nous en dire un peu plus sur cette aventure ?

John Day Fossil Beds – Sheep Rock

John Day Fossil Beds est un des sites les plus fossilifères des USA. Le musée abrite de nombreux mammifères fossiles, s’étalant sur près de 40 millions d’années. Les plus récents sont proches des espèces actuelles, mais les plus anciens sont parfois plus atypiques comme les Brontothères ou les Oréodontes. Le musée est divisé en plusieurs parties afin de montrer les faunes distinctes qui se sont succédées à différentes périodes.

Oréodonte (https://fr.wikipedia.org/wiki/Merycoidodontidae)

Megacerops sp. (Brontothère) (https://fr.wikipedia.org/wiki/Brontotheriidae)

Mes missions étaient variées et allaient de la fouille sur le terrain jusqu’au « cataloging » (le fait d’indexer et de stocker les espèces fossiles), en passant par la préparation et le nettoyage du matériel fossile en laboratoire. J’ai même dû réaliser des moulages de certains spécimens, afin qu’ils puissent être exposés dans le musée.

Les paléontologues sur le site de John Day Fossil Bed

«J’étais perdu dans le fin fond de l’Oregon, le dépaysement était total.»

La traversée d’une rivière, sans se mouiller !

 

Grâce à cette fenêtre, les visiteurs peuvent nous voir travailler (ou faire les pitres) dans le labo au Centre de Paléontologie Thomas Condon.

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Comment as-tu rejoint cette équipe ? Quel a été le déclic pour que tu ailles travailler sur ce site ?

J’avais toujours eu envie de faire un stage en paléontologie et de pouvoir fouiller aux USA. Un rêve de gosse. Alors j’ai simplement envoyé un email aux membres du staff et c’était parti !

Comment a été ta vie sur place ? Comment t’es-tu intégré parmi les habitants ?

Je vivais à Dayville, un petit village à 8 Miles du parc. A peine 150 habitants, pas de supermarché, pas de transport, rien en fait, hormis une poste et une salle des fêtes au milieu du village. J’étais perdu dans le fin fond de l’Oregon, le dépaysement était total. Les habitants me regardaient comme si j’étais un extra-terrestre ! La plupart d’entre eux n’avaient jamais vu un étranger de leur vie, et ne comprenait pas ce qui m’avait amené dans un endroit aussi perdu. Mais c’est aussi ce que j’ai préféré durant cette expérience, vivre avec les locaux, qui sont des gens bien plus simples et souvent moins superficiels que les gens de la ville. Ils vérifiaient toujours que je ne manquais de rien. Pas de voiture pour aller au travail ? On m’a prêté un vélo ! Pas de provision ? On m’a emmené dans le premier supermarché, à 50 km de Dayville. Pas de logement ? On m’a reçu dans une cabane, derrière la poste du village.

Les américains sont SUPER accueillants. On m’invitait pour faire des randos, passer des soirées aux coins du feu, participer au bal du village. C’est dans ce genre d’endroit que l’on apprend à connaitre vraiment les Etats-Unis.

Dayville, un village qui compte finalement plus de fossiles que d’habitants.

Quel est ton meilleur souvenir de ta vie de paléontologue nomade ?

Je ne vais pas faire dans l’original : c’est quand j’ai trouvé mon premier fossile de mammifère, à Sheep Rock dans le parc de John Day. Une dent de Parahippus, un petit cheval qui vivait en Oregon il y a 20 millions d’années. Pas facile de décrire ce que j’ai ressenti, mais quand tu passes des jours à chercher sans trouver le moindre fragment, et que tu finis finalement par trouver quelque chose, ça produit comme un électro-choc. La sensation de réaliser enfin son rêve.

Et ton pire souvenir ?

Je faisais tous les jours 1 heure de vélo pour me rendre au musée. Un matin, sur la route j’ai croisé des moufettes et j’ai cru malin d’abandonner mon vélo pour les prendre en photo. Mais la mère avait 3 petits et elle s’est montrée agressive. Elle s’est approché et a sécrété son liquide. L’odeur était atroce, je ne souhaite ça à personne ! J’ai abandonné mon vélo en courant et je ne suis revenu le chercher que lorsque les animaux étaient loin.

Une famille de moufette croisée en allant au travail. Pas forcément l’animal le plus dangereux, mais pas forcément le plus sympathique non plus.

Quel moment t’a le plus marqué dans ta vie sur place ? 

Il y a eu tellement de moments marquants. Les trouvailles fossiles, les paysages incroyables, les rencontres avec la faune (coyotes, vautours, serpent à sonnettes, …). Chaque jour apportait de nouvelles expériences, et je considère ce séjour à John Day comme le meilleur mois de ma vie. Lors d’un de mes trajets quotidiens en vélo, je suis même tombé sur des peintures rupestres en allant uriner derrière un rocher ! Mais peut-être que ce qui m’a le plus marqué, c’était la nuit là-bas, sur les Painted Hills, à observer les constellations et les anneaux de Saturne via un télescope.

Crotalus, serpent à sonette rencontré lors d’une fouille. Sa morsure est mortelle.

Personnellement, je ressens toujours quelque chose quand j’imagine les individus qui ont peint ces motifs, des siècles avant qu’on ne les découvre.

Une pointe de flèche indienne, trouvée lors d’une fouille paléontologique.

Tu en as fait du chemin depuis cette année aux USA. Aujourd’hui, que fais-tu ?

Je me trouve au Brésil aujourd’hui, pour faire ma thèse sur les ancêtres des tout premiers mammifères, les cynodontes. Les espèces que j’étudie sont apparues dans le sud du Brésil il y a 230 millions d’années, en même temps que les premiers dinosaures. La vie ici n’est pas toujours simple, mais elle me permet de pouvoir voyager en Amérique du Sud, un continent que je ne connaissais pas. Récemment je suis allez faire des randos dans la forêt amazonienne, une vraie tuerie !

Que représente pour toi le voyage ?

Le voyage, c’est la meilleure école. C’est évoluer, se développer. En un mois de voyage, vous apprenez plus qu’en dix ans de routines. Alors le calcul est vite fait.

Que dirais-tu aux personnes qui hésitent à réaliser leurs rêves ?

Le chemin est parfois chaotique, mais quand on pense « petit », il ne faut pas espérer que quelque chose de grand se réalise. Alors il faut y croire, essayer, persister. On vit dans un monde où les possibilités sont énormes et les choses réellement inaccessibles peu nombreuses, nous laissant la responsabilité de nos propres réussites, comme de nos propres échecs. Les véritables barrières sont dans nos têtes.

Un dernier mot ?

Eloignez-vous des moufettes !

Merci à Morgan pour ce témoignage !