Me voici enthousiaste à l’idée d’entamer le Wild Atlantic Way ! Après avoir pédalé dans les terres irlandaises de la région de Kilkenny et atteint le sud de l’Irlande par la Copper Coast, je me rapproche de Kinsale, point de départ de la côte sauvage. Mais tout d’abord, je fais une petite escale à Cork où je rencontre Ark, mon Couchsurfer pendant 2 jours. Celui-ci vit paisiblement dans une petite maison sans électricité par choix. Il me fait découvrir sa ville, mais aussi les bienfaits de nager dans une rivière fraiche, pratique courante ici et par tous les temps. De quoi me booster pour la suite de mon périple en vélo…

Cork, ville décontract’

La cité de Cork est la deuxième d’Irlande après Dublin. Située sur deux affluents de la rivière Lee et quadrillée par quelques canaux, la ville affiche une grande décontraction.

Si vous voulez boire un verre, arrêtez-vous au niveau du General Post Office. Au dessus de la pharmacie située en face, se trouve le bar le plus authentique de la ville : the Hi-B 108. Ce tout petit pub bas de plafond rassemble tout un monde : cadres, étudiants, clochards, artistes… Les portables sont interdits (donc évitez de demander le wifi) et les boissons sans alcool regardées d’un oeil accusateur. (Je vous aurais prévenu !) Ce sont les conditions du patron pour que chacun puisse apprécier toutes les qualités du pub irlandais : gaieté, convivialité, feu de cheminée et petit côté vieillot plein de charme.

Pour prendre un café ou manger bio et local, allez au marché anglais ou English Market.

Au Crawford art gallery (ouvert tous les jours sauf le dimanche, gratuit), vous trouverez des galleries de peintures du XIXeme siècle, principalement locales, et expos temporaires contemporaines.

Le Wild Atlantic Way, en 3 semaines ?

Le Wild Atlantic Way est la route de la côte sauvage qui longe la totalité de la côte ouest d’Irlande. C’est la plus longue route côtière balisée au monde. Avec ses 2500 km, elle relie ainsi le port de Kinsale au sud et Malin Head au nord de l’île. Les plus sportifs la traversent entièrement en vélo en 3 semaines ! Par contre, vous imaginerez bien que je ne suis pas aussi rapide hein… Et je compte surtout profiter du voyage à mon rythme.

La carte est issue du site internet sur le Wild Atlantic Way. Vous trouverez toutes les informations sur : https://www.wildatlanticway.com/

Des paysages grandioses de Kinsale à Skibereen

Avant de partir en expédition sur le Wild Atlantique Way, il faut bien prendre quelques forces ! Quoi de mieux que de partir de Kinsale, ville réputée pour être la capitale gastronomique de l’Irlande. J’y ai dégusté la spécialité : un fish and chips (très copieux chez Dinos).

Inutile d’aller au promontoire de Kinsale si vous n’êtes pas golfeur. Depuis que le parcours de golf a ouvert en 1997, l’accès à l’Old Head of Kinsale est fermé au public et réservé seulement aux golfeurs et invités. Ce terrain a la réputation d’être l’un des terrains de golf les plus difficiles au monde (en raison des conditions climatiques), mais aussi l’un des plus spectaculaires !

La route littorale offre un parcours enchanteur, truffé de ports et de petits bourgs paisibles. Elle serpente sur 128 km vers l’ouest jusqu’à Skibbereen, avec d’innombrables routes secondaires sur lesquelles il y a de fortes chances de se perdre. Mais il y aura toujours quelqu’un pour nous renseigner. En effet, je suis agréablement surprise du nombre d’Irlandais qui s’arrêtent sur la route pour me demander si tout se passe bien ou si j’ai besoin d’indications. « Are you O.K. ? » est une phrase que j’entends régulièrement sur la route.

Voici les premiers paysages de mon périple sur le Wild Atlantic Way

A Skibbereen, il existe un veritable havre de paix pour aventuriers : le Russagh Mill Hostel. En effet, j’ai beaucoup apprécié le confort et l’accueil de l’auberge. Et la douche chaude bien évidemment ! Il y est même possible de pratiquer des activités outdoor et de récolter les légumes du potager fait par le gérant.

La péninsule de Mizen

La péninsule de Mizen domine Roaringwater Bay, « l’eau qui rugit ». Le Altar Wedge Tomb est un dolmen irlandais, près de Schull. Le dolmen a été construit à la fin de l’âge de pierre, sur un superbe front de mer, donnant sur le Toormore Bay. Le lieu est particulièrement reposant…

Des archéologues ont récemment révélés la trace d’ossements humains brûlés. Mais aussi des cavités creusées en dessous, avec de nombreuses offrandes, telles que des coquillages, ou des poteries. Et même des os de baleines ! Le site aurait été réutilisé durant l’âge du Bronze, et fait l’objet de rites au temps des celtes et du moyen-âge irlandais. Il existe une douzaine de dolmen sur la péninsule.

Plus loin sur la route, il y a Mizen Head, l’une des grandes étapes du Wild Atlantic Way. Il s’agit du point le plus au sud-ouest de l’Irlande continentale, avec d’impressionnants paysages de falaises découpées et de rouleaux d’écume. Au-delà du centre d’accueil du site, on traverse un pont dominant une mer agitée. Puis, on découvre une exposition de cartes, de photographies et de drapeaux de signalisations, ainsi qu’un phare, aujourd’hui automatisé. Le cap est souvent envahi de brouillard, si bien qu’autrefois, pour guider les bateaux, on n’avait qu’un moyen : faire sauter des charges de dynamite.

En route vers l’anneau du Kerry !

Je dois vous avouer une chose, avec tous ces chemins vallonés que je croise sur la route. Pédaler en Irlande n’est pas toujours de tout repos. Entre Glendarriff et Kenmare, il y a un mont qui se trouve pile poil sur la route que je dois emprunter pour atteindre le Kerry… Dénivellé de 400 m en perspectives… En plus, la route est sinueuse et étroite, pas cool de faire du vélo dans ces conditions. Je décide de tenter un truc et me place alors à l’entrée de Kenmare Road : faire du stop avec un vélo ! J’ai à peine le temps de me demander si cela fonctionnera que la seconde voiture s’arrête. A l’intérieur, un commerçant avec son fourgon (rempli d’éponges à vendre) se rend justement à Kenmare, c’est juste magique !

J’arrive donc très rapidement à Kenmare, petit centre de pêche. Sur le Wild Atlantic Way, c’est le point de départ du Ring of Kerry, par le sud.
De la ville, je retiens ses deux rues principales très colorées, une auberge de jeunesse remarquablement tenue : le Kenmare Failte Hostel, ainsi que la rencontre d’un cyclotouriste octogénaire qui a l’habitude de venir dans le Kerry depuis 20 ans. Celui-ci me donne plein de bons conseils issus de son expérience en vélo en Irlande, pour la suite de mon périple dans l’anneau du Kerry.

Le parc National de Killarney et ses arbres millénaires

Avec ses plus de 10000 ha recouvrant forêts, lacs et montagnes, le Parc National de Killarney est le plus grand d’Irlande. Il y a de chouettes promenades à faire en vélo ou à pied. Sa surface boisée est la plus importante du pays. Il fait d’ailleurs parti du projet People’s Millennium Forests, « Les Forêts millénaires du Peuple ». C’est le plus grand projet en Irlande visant à préserver et gérer les arbres d’origine tels que le chêne, le frêne, l’orme, le pin sylvestre, l’if et le bouleau…

Valentia island riche en histoires

Le tour de l’île de Valentia vaut le détour ! Très peu fréquentée, l’île est reliée à Portmagee depuis 1971 par un pont gratuit. On peut aussi l’atteindre en bac au départ de Renard Point, à 2 km de Cahersiveen (toutes les 10 minutes, de mi-mars à mi-oct, 3€ l’aller-retour à vélo). Son histoire est étonnante !

Son port, Knightstown est le plus à l’ouest de l’Europe (hormis l’Islande). L’île a servi de point de départ au premier câble transatlantique téléphonique au début du XIXème siècle, reliant ainsi l’Irlande et le Canada.

L’île de Valentia réserve d’autres faits étonnants liés à son histoire…

C’est l’un des lieux où l’on trouva les plus anciennes traces de pas connues de l’Histoire de la Terre. Ces empreintes seraient celles d’un Tétraprode, dans de l’ardoise, il y a 385 millions d’années. Ces empruntes représentent l’un des plus vieux enregistrements fossiles, de la toute première étape de la transition des vertébrés de l’environnement aquatique à l’environnement terrestre ! (respiration aérienne, marche à quatre pattes) A l’époque, Valentia n’était pas encore une île proche de l’Irlande, mais un marécage, situé aux pieds des montagnes Calédonienne, en Écosse. Ce n’est que bien plus tard, que l’on trouva également des traces de vie humaine sur l’île. Celles-ci dateraient du Mésolithique, et auraient été retrouvées dans des tourbières. Ces cadavres momifiés naturellement (la tourbe est une bon conservateur) sont exposés au National Museum de Dublin.

Cahersiveen, la ville de passage

Cahersiveen petite bourgade située dans une longue vallée, au pied des Iveragh Mountains. Située sur le Wild Atlantic Way, c’est avant tout une ville de passage, mais aussi le point de départ pour le chateau de Ballycarbery. Moi qui pensais ne rester que quelques jours, j’y suis restée une semaine ! Car on s’y sent bien dans cette région du Kerry ! Je loge au Cahersiveen Sive Hostel, très bien tenue, à taille humaine et agréable. Mary est aux petits soins pour ses hôtes et organise le transfert (gratuit) vers Portmagee. J’y rencontre beaucoup de randonneurs pédestres et des passionnés de pêche.

Le Skellig Michael aux allures de Star Wars

C’est de Portmagee, joli village de pêcheurs, que partent les bateaux pour les îles Skellig. Ce sont deux îles les mieux préservées et les plus spectaculaires des îles irlandaises.
La plus petite, Little Skellig, est interdite d’acostage. Elle abrite plus de 20000 couples d’oiseaux (la deuxième colonie de fous de Bassan au monde, macareux…).
Ensuite, la plus grande, Skellig Michael, possède un phare datant de 1865 et toujours en activité. Son nom local est Sceilg Mhichíl, c’est-à-dire « le rocher escarpé de Micheál », Micheál désignant saint-Michel. Sur ces 200 m² de falaise abrupte à 218 m au dessus de l’océan, vivaient autrefois des moines. Des foules de pénitents venaient également s’y purifier. Malgré l’isolement, des moines intrépides s’installèrent vers le VIe et VIIe siècle. Des centaines de marches, taillées dans le roc par les moines, mènent aux ruines d’une petite chapelle, une plus grande (de construction postérieure), six cellules, deux oratoires, quelques croix et tombes… Stèles et croix en pierre illustrant la transition entre paganisme et catholicisme. Les moines vivaient de pêche et d’un peu de culture sur ce site acrobatique, battu par les vents.

Les paysages y sont vertigineux et rocailleux. Une île propice à la solitude et au recueillement ! C’est d’ailleurs sur ces lieux que le Jedi Luke Skywalker se retire du reste du monde dans l’épisode de la saga Star Wars “Le réveil de la force”. Aussi, l’équipe de tournage a exploré le Wild Atlantic Way sur toute sa longueur pour diversifier son terrain de jeu cinématographique.

Le Skellig Ring en vélo

Le Skellig Ring est un petit circuit d’une quarantaine de kilomètres assez méconnu. Il permet de découvrir l’Anneau du Kerry par des voies magnifiques ! Mon coup de coeur de ce circuit va au chateau Ballinskelligs. Ce chateau fût construit au XVIème siècle pour protéger la baie contre les pirates, et éventuellement pour imposer un tarif sur les navires commerciaux entrants. Avec moi, il y a Michaël, cyclotouriste tchèque rencontré au Sive Hostel.

Difficile de quitter la région du Kerry… Mais je poursuis ma route sur le Wild Atlantic Way en direction de la péninsule de Dingle vers le nord. Cette nouvelle destination semble prometteuse…